On débarque vers 8h du matin à Rantepao. Il faut désormais trouver un hôtel pour les prochains jours afin de dormir un peu plus avant d’envisager quoi que ce soit ! On se dirige vers une première auberge où on croise un grand nombre de français ! On n’avait pas vraiment vu d’autres touristes depuis notre arrivée sur l’île… On en profite pour se renseigner sur les activités à faire dans les environs et avoir une première idée des prix. Comme le gérant de l’auberge ne sait pas nous dire s’il a de la disponibilité, on part avec Marianne à la découverte des environs pour trouver une alternative. Les environs se révèlent plutôt chers ou complets… C’est la haute saison par ici et il n’y a pas tant d’hôtels que ça. Je pousse donc la recherche un peu plus loin en ville où on trouve finalement une chambre correcte pour les prochains jours. On prend donc nos quartiers après un petit déjeuner bien local : un Nasi Goreng (plat à base de riz) et une Bintang (bière indonésienne) ! Martin et Marianne sombrent ensuite pour une sieste alors que je pars pour un petit jogging de décrassage avant de les rejoindre pour faire la sieste.
Le lendemain matin, on enfourche nos bécanes ! C’est parti pour une journée de découverte des alentours de Rantepao avec ses nombreuses sépultures, maisons typiques et rizières ! On commence directement par un premier cimetière. Il faut dire que le tourisme chez les Toraja tourne beaucoup autour de la mort : des enterrements atypiques, des sépultures sur les falaises et dans les grottes, des combats de buffles… On visite donc à Londa une première grotte où les cercueils sont suspendus sur la falaise avec des statues aux effigies des défunts. Plus le cercueil est haut dans la falaise et plus le défunt est une personne importante de la communauté. Puis on continue notre descente vers le sud. Les paysages sont vraiment superbes dès qu’on sort de la route principale pour se perdre dans les rizières. On passe à côté de quelques maisons typiques de la région avec un toit en forme de cornes de boeufs. Avant le déjeuner, on se rend sur le sommet d’une petite montagne qui surplombe la ville de Makale où trône la statue de Jésus la plus haute du monde. On nous a même dit qu’elle était plus haute que celle de Rio ! Sur la route, on tombe par hasard sur un petit enterrement où les cochons sont cuits au chalumeau ! Ca nous donne un avant goût de ce que nous réserve la journée du lendemain. On visite dans l’après-midi une sépulture d’enfants dans un arbre. Drôle d’endroit avec un arbre qui semble être un gruyère d’enfants morts… L’étape suivante est le village typique de Ke’te Kesu pour apprécier de plus près les fameuses maisons typiques. L’après-midi est déjà bien entamé mais on a encore faim d’aventure ! On refait le plein d’essence et met le cap au nord de la ville. Des personnes rencontrées la veille nous ont dit que le nord avait de meilleurs paysages. On part donc plein d’entrain avec nos 2 scooters ! Effectivement, on découvre en sortant de la route principale une superbe route qui serpente dans des rizières à flanc de montagne. On s’arrête toutes les 2 minutes pour immortaliser ce paysage à couper le souffle. Les enfants en profitent et courent vers nous en criant « gula-gula » ou « bonm’bonm’ »  pour la plus francophone d’entre eux… Malheureusement pour eux, on a fait le plein d’essence mais pas le plein de bonbons. Le belvédère de Tinimbayo surplombant la rizière vaut vraiment le détour. La route qui nous ramène à Rantepao est cependant en très mauvais état et on fait chauffer nos freins dans la descente qui ne s’arrête plus sur une piste plutôt cabossée… Preuve de la dureté de la route, on se rend compte que le scooter de Martin a un pneu crevé et le notre semble souffrir quand on freine trop longtemps ! On arrive néanmoins à revenir sain et sauf à notre hôtel pour finir la journée dans un petit bouiboui local autour de riz et pâtes sautées. On rencontre d’autres touristes français et allemands pour partir le lendemain ensemble à un enterrement !
Le jour suivant, on commence la journée avec une promenade dans les allées du marché de Rantepao. C’est un grand dédale de vendeurs en tous genres : baskets, montres, fruits, légumes, épices, poissons, buffles et même des cochons prêts à être abattus et brûlés… Sur le parking du marché, de nombreux hommes se promènent fièrement avec leur coq. Le combat de coq est interdit alors le spectacle se résume à une simple intimidation mutuelle. Une drôle d’ambiance de bon matin où l’excitation de la foule est palpable ! Le marché des buffles est gigantesque avec des bovins de toutes tailles. On passe plus d’1h30 à déambuler dans ce capharnaüm matinal avant de retourner à notre auberge.
On part ensuite avec notre petite troupe pour assister à un enterrement. Depuis le temps qu’on en parle et après ce qu’on a lu on est excité de découvrir ce que cette drôle d’activité nous réserve. C’est assez étonnant pour des occidentaux d’aller en vacances à l’enterrement d’un(e) inconnu(e) mais cela ne semble pas poser de problème par ici ! C’est même une grande fierté pour la famille de voir que des touristes s’intéressent  à la défunte. On est donc accueilli par la famille de la défunte pour déguster une boisson chaude et quelques gâteaux. Pour remercier la famille, Rante, notre guide, nous avait conseillé d’amener un petit cadeau pour la famille : des cartouches de cigarettes…! En Indonésie, tout le monde fume… Puis, Rante, en profite pour nous expliquer un peu plus la culture Toraja. Il n’est pas rare qu’une personne morte passe plusieurs année dans la maison familiale avant son enterrement. Bien que décédée, la personne est considérée comme malade et il faut continuer de lui parler et de lui apporter à manger comme si de rien n’était. On est ensuite invité à faire quelques photos avec des enfants habillés pour l’occasion. On est néanmoins un peu gêné car on voit un très grand nombre de touristes à cet évènement… On a même la chance d’être invité à manger avec quelques proches de la famille un peu de cochon et de riz en attendant la suite des festivités. Après le déjeuner, la défunte qui trônait au milieu des bâtiments est déplacée par les hommes du village pour partir faire un tour à l’arrière d’une camionnette. Drôle de scène avec la foule en liesse ! Après sa petite balade, la défunte est ramenée sur le lieu de la fête. Les hommes entreprennent alors de monter cette dernière sur une sorte d’estrade éphémère construite spécialement pour l’occasion avec une rampe en bambou. Le prêtre se lance ensuite dans un discours funéraire pour retracer la vie de la défunte et remercier toutes les personnes ayant fait un présent. La défunte avait 93 ans et chaque personne est remerciée personnellement ce qui prend un peu de temps ! On a d’ailleurs l’immense joie de se trouver devant les haut-parleurs et on profite au maximum des cris du prêtre. Vient ensuite le moment crucial de la mise à mort d’un buffle, symbole de richesse par ici. En une fraction de seconde, une machette est dégainée et un coup sec est porté à l’animal au niveau de la jugulaire. On n’est pas habitué à voir un animal se faire abattre dans nos petites vies parisiennes. La scène est donc assez intense. Âmes sensibles, s’abstenir. Après quelques soubresauts, les hommes s’affairent à retirer la peau du buffle pour découper directement l’animal qui sera ensuite mangé par tous les convives. Plus il y a de buffles sacrifiés à des funérailles, plus la famille est riche. Il peut y avoir plusieurs dizaines de buffles sacrifiés. Le must reste le buffle albinos, qui peut coûter jusqu’à 20 000 euros et venir de l’autre bout du pays pour l’occasion ! Le reste du temps les buffles ont ici une vie de roi, ils sont chouchoutés et ne travaillent même pas dans les rizières. De nombreux cochons sont également sur la liste pour nourrir toute la foule venue pour l’occasion… On a eu notre dose de sang et on décide de continuer l’après-midi qui est déjà bien entamé pour visiter encore un peu le nord de Rantepao. On remercie notre guide et on poursuit notre journée déjà bien remplie en émotions en visitant des artisans qui tissent à l’ancienne et une autre sépulture perdue au milieu des rizières. On finit la journée en négociant durement une voiture pour le lendemain avec 2 hollandais pour continuer notre périple plus au nord de l’île de Sulawesi. La négociation recommencera le lendemain quand il faudra changer de voiture car nos sacs ne rentrent pas tous dans le coffre et que le chauffeur ne veut rien mettre sur son toit sous peine d’avoir à payer des taxes en plus… Après de nombreux rebondissements, on monte 1h30 plus tard dans un véhicule d’un autre chauffeur en direction de Tentena où nous devons passer la nuit suivante.